1980
Utilisation de la Documentation Internationale- / - Rapport liminaire (Groupe III) de la Deuxième Symposium Mondial sur la Documentation Internationale (Bruxelles, 20-22 juin 1980) organisé par l'Institut des Nations Unies pour la Formation et la Recherche (UNITAR) et l'Association de Bibliothèques Internationales (AIL). [UNITAR/AIL/SYM.2/WP.III/]. Version anglaise publiée dans International Documents for the 80’s: their role and use (Unifo Publishers, 1982, en version incomplète, edited by Th. Dimitrov). An abridged version appeared as: Societal Learning and the Erosion of Collective Memory: the role of international organizations in combatting global amnesia. In: Transnational Associations, 36, 2, pp 83-93, bibl. English version
A. IntroductionEtant donné la crise budgétaire qui sévit actuellement dans le monde des organisations internationales comme ailleurs, il est certainement permis de se demander si l'étude de la question de "l'utilisation de la documentation internationale" a aujourd'hui quelque chance d'aboutir à d'utiles conclusions. Le rapport du Colloque de 1972 dégage, en ce qui concerne l'utilisateur, une série de problèmes qui demeurent entiers (l). Mais depuis lors, la tendance est à la compression et non pas à l'augmentation des crédits. De plus, les espoirs de voir s'instaurer d'amples échanges d'informations entre institutions, plus particulièrement d'informations automatisées, se sont en grande partie évanouis ou concentrés sur d'étroits domaines très spécialisés. Les gens que préoccupait naguère l'endettement de la documentation internationale s'y sont aujourd'hui résignés. La priorité que chaque organisation accorde aux préoccupations touchant ses propres programmes ce case a rejeté à l'arrière-plan la question des relations entre les personnes qui pourraient collaborer à de tels échanges. Le plus souvent, là où un système d'information croisée était réellement indispensable, ce sont des services extérieurs, éventuellement créés par une entreprise commerciale à l'échelon national, qui ont fait le nécessaire. Cela étant, les recommandations du Colloque de 1972 constituent toujours des directives minimales suffisantes. Par ailleurs, depuis 1972, on assiste à la progression de l'ordinateur de poche qui a modifié, aux yeux de l'opinion, la crédibilité de la "révolution informatique". De nombreuses études ont été consacrées à la "société informatique" présente et future. Le terminal se fraie un chemin dans les bureaux ou sonnera incessamment, nous dit-on, la fin de "l'ère du papier". Au foyer, ce type d'appareil est utilisé (comme accessoire de télévision) à des fins éducatives et récréatives. Les organismes internationaux et nationaux s'en servent maintenant à titre expérimental, chacun selon des modalités qui lui sont propres et pour les besoins de ses propres activités. Ils y sont d'ailleurs fortement contraints à cause de l'extension rapide des réseaux internationaux d'information par satellite et de la multitude de bases de données accessibles par l'intermédiaire de ces réseaux. L'optimisme à tous crins de ceux qui participent à la révolution vers la société d'information n'est pas partagé, tant s'en faut, par ceux qu'intéressé la problématique planétaire. Les crises se sont succédé de façon quasiment ininterrompue et, de plus en plus, les organisations internationales sont considérées comme les spectateurs impuissants de cette dégradation de la situation. La perte de confiance en ces organisations, dont témoignent leurs difficultés budgétaires, n'est qu'un aspect du scepticisme général qu'inspirent les institutions en place. Dans ces conditions, ce serait sans doute adopter une attitude à courte vue, pour ne pas dire absurde, que de tenter une analyse classique, à caractère introspectif, des problèmes que pose "l'utilisation de la documentation internationale". La gravité des temps que nous vivons exige, semble-t-il, que nous jetions un regard neuf sur le contexte dans lequel les objectifs de la "documentation internationale" sont définis et perçus par l'utilisateur, existant ou potentiel. Ne pas le faire serait tout simplement s'attirer les sarcasmes souvent entendus dans les milieux de gestionnaires : "Ayant perdu de vue leurs objectifs, ils redoublèrent d'efforts". Le risque, dans la société d'information qui se profile aujourd'hui, est que bon nombre des vieux rêves du bibliothécaire, habité par la vision d'une automatisation totale et d'un répertoriage poussé dans le détail, deviennent trop facilement réalité. La question n'est pas de savoir si une évolution de cette nature est souhaitable, notamment du point de vue de l'utilisateur. Bans la phase de transition où nous sommes, il faut surtout se demander si les innovations en question sont évaluées dans un cadre suffisamment grand, eu égard aux besoins qui existent en temps de crise et de bouleversements sociaux. C'est là, bien entendu, une préoccupation qui est avant tout l'affaire des services de documentation internationale. Les questions posées sont-elles les bonnes - en d'autres termes, en est-il de meilleures à poser ? C'est vers la recherche d'un cadre de cette nature, propre à faire surgir de meilleures questions concernant l'utilisation, que le présent rapport est essentiellement orienté. B. L'éducation societale (apprentissage societal) et la problématique planétaireLes organismes internationaux ont suffisamment insisté sur la complexité et la gravité de la crise que traverse le monde,pour qu'il ne soit pas nécessaire de revenir ici sur cette question, fût-ce brièvement (2). La prise de conscience de cette problématique planétaire a donné lieu à une nouvelle série d'études perceptives. Le fait surprenant est que toutes ces études mettent en relief des considérations analogues qui ne sont pas sans rapport avec les objectifs d'un système de documentation internationale, quel qu'il soit. C'est ainsi qu'en 1978, M. Soadjatmoko, ambassadeur d'Indonésie ( nommé recteur de l'Université desNations Unies en 1980.), a souligné en ces termes l'importance de la "capacité d'apprendre des nations" : "La capacité d'une nation - non pas du seul gouvernement, mais bien de la communauté tout entière - de s'adauter à une situation techno-économique, socio-culturelle et politique en rapide évolution, au point qu'on puisse parler d'une transformation sociale, dépend pour beaucoup de sa capacité, en tant que collectivité, de produire, d'absorber, de drainer et d'utiliser une importante quantité d'informations nouvelles et pertinentes. Cette capacité de réagir de façon constructive et novatrice devant une situation mouvante et des difficultés nouvelles, c'est ce que j'appellerai "la capacité d'apprendre" d'une nation. A l'évidence, elle ne se limite pas ál'acquisition de connaissances par la société et embrasse également tout ce qui touche aux attitudes, aux institutions et à l'organisation de cette dernière (3)." Ces observations sont très proches de celles qu'a faites le professeur Helmut Arntz, en sa qualité de Président, dans l'allocution qu'il a prononcée à l'occasion du 80ème anniversaire de la Fédération internationale de documentation, en 1975. Le professeur Arntz a en effet déclaré ce qui suit : "... l'information ... est le seul moyen de garder suffisamment le contrôle de l'évolution pour que l'humanité ... conserve toujours une avance sur la menace qui peut mener à la catastrophe ... la survie ce l'homme dépend de l'obtention et de l'utilisation de l'information ... (4)." Le dernier en date des rapports présentés au Club de Rome a été publié en 1S79 (5). Ses auteurs font le raisonnement suivant : "Pour ceux qui écriront l'histoire des années 1970, ce que nous percevons confusément aujourd'hui sera évident. Non seulement il manque encore un élément d'importance capitale dans la plupart des discussions consacrées aux problèmes mondiaux, mais encore les plus brillantes analyses de la problématique planétaire détournent l'attention d'une question fondamentale. Ce qui manque, c'est l'élément humain, et la question fondamentale, c'est ce qu'il est convenu d'appeler le déphasage humain, c'est-à-dire l'écart entre une complexité croissante et notre capacité d'y faire face ... Le présent rapport examine la question de savoir comment l'apprentissage peut aider à éliminer le décalage. Le terme ' apprentissage' , tel que nous l'utiliserons ici, doit être pris dans un sens large, dépassant l'acception habituelle de termes comme 'enseignement' ou ' scolarité'. Pour nous, apprendre, s'éduquer, c'est aborder à la fois la connaissance et la vie dans une optique qui fait une place de premier plan à l'initiative humaine. C'est acquérir et mettre en pratique les nouvelles méthodes, compétences, attitudes et valeurs que suppose la vie dans un monde en évolution. Apprendre, s'éduquer, c'est se préparer à faire face à des situations nouvelles. En distinguant la notion d'apprentissage, ainsi comprise, de l'instruction par la scolarité, nous ne laisserons pas de côté pour autant l'enseignement qui est un moyen essentiel et formel de favoriser l'acquisition de l'intelligence des choses ... De plus, nous ferons valoir que peuvent apprendre et s'éduquer non seulement les individus pris isolément, mais encore les groupes d'individus, les organisations et même les sociétés. Le concept 'd'éducation sociétale' ou 'apprentissage sociétal' est relativement neuf et suscite quelques controverses. Pour d'aucuns, il ne s'agirait là que d'une métaphore qui fausse le sens de l'éducation. Le concept d'apprentissage sociétal a sans aucun doute ses limites, mais nous affirmerons néanmoins que les sociétés peuvent apprendre et apprennent effectivement, et nous n'hésiterons pas à citer des faits prouvant que des processus d'apprentissage sociétal sont en cours ici ou là. Le fait que, de nos jours, un apprentissage défectueux contribue à la dégradation de la condition humaine et à une accentuation du déphasage de l'homme ne peut pas être perdu de vue. Les processus d'apprentissage accusent un retard alarmant et laissent l'individu aussi bien que la société impuissants à relever les défis qu'impliquent les problèmes mondiaux. En raison de cette carence de l'apprentissage, l'humanité demeure insuffisamment préparée à faire face. Dans ce contexte, l'apprentissage est beaucoup plus qu'un problème mondial comme un autre : ses carences représentent fondamentalement le problème sur lequel s'articulent tous les autres, en ce sens cu'elles limitent notre capacité de saisir n'importe quel autre élément de la problématique planétaire. Ces limites ne sont ni fixées une fois pour toutes, ni absolues. Le potentiel humain est artificiellement comprimé et grossièrement sous-utilisé - au point qu'en pratique la possibilité d'apprendre semble pratiquement sans bornes." (5, p. 6 à 9 du texte anglais.) En 1980, Alvin Toffler (auteur du "Choc du futur"), a public un ouvrage (6) il passe en revue les facteurs positifs à isoler dans la crise que nous traversons uellement. Il y souligne l'importance de la "mémoire sociale" et analyse la Evolution résultant à cet égard des changements intervenus dans "1'infosphère". Toffler s'exprime en ces termes : "L'extraordinaire capacité que noua avons de stocker et retrouver le produit de la mémoire collective est le secret du succès de l'espèce humaine à travers les âges. En conséquence, tout ce qui modifie sensiblement la façon dont nous construisons, préservons ou utilisons la mémoire sociale touche aux sources mêmes de notre destinée. Deux fois déjà au cours de son histoire, l'humanité a radicalement transformé sa mémoire sociale. Aujourd'hui, alors que prend corps une nouvelle infosphère, nous sommes au bord d'une troisième transformation de cette nature, prêts à prendre notre élan ... Si le saut dans une Troisième Vague, dans une troisième couche de l'infosphère, est une aventure historique si enthousiasmante, c'est parce qu'il doit permettre, non seulement de repousser considérablement une fois encore les limites de la mémoire sociale, mais aussi de redonner vie à cette dernière. L'ordinateur, parce qu'il traite les données qu'il emmagasine, crée une situation sans précédent dans l'histoire : il fait de la mémoire sociale un élément à la fois expansible et actif. Et la combinaison de ces deux qualités sera, à coup sûr, un facteur de dynamisme." (6, p. 192 et 195). Les espoirs que l'on avait mis dans un "cerveau universel" ont été déçus; revanche, nous voyons très rapidement se mettre en place une infrastructure de l' information qui donne des résultats (7) et qui permettra d'aller beaucoup plus loin que les aspirations de ceux qui, les premiers, se sont penchés sur l'avenir l'information. (Les quelques dernières années ont toutefois été marquées par la renaissance d'une école de l'Esprit universel (8)). Toffler ajoute : "Si nous ne réduisons pas en cendres notre planète et, avec elle, notre mémoire sociale, nous serons d'ici peu aussi près que possible d'une civilisation dont l'oubli est exclu." (6, p. 195) Ce raisonnement optimiste masque un problème fondamental qui a été mieux dans le rapport du Club de Rome cité plus haut. Car s'il est vrai que unniquement, tout élément d'information peut sang doute être mémorisé, la dificulté est de savoir comment l'utilisateur tirera parti de cette possibilité, donné la capacité de traitement limitée du cerveau humain. Plus précisément, comment l'utilisateur apprendra-t-il grâce aux moyens mis ainsi à sa disposition, et dans quelle mesure ces moyens faciliteront-ils l'apprentissage sociétal au regard de la problématique mondiale ? Cette difficulté fondamentale ressort plus clairement de la Déclaration de Dakar (1979) sur l'informatique pour le tiers monde (9), où il est dit: "De nos jours, l'élément clé des communications entre hommes - à savoir, la demande et la transmission d'informations - tend à fausser ces communications. Les grandes découvertes scientifiques et technologiques qui ont déclenché la révolution informatique ont laissé loin derrière le processus d'éducation de la société humaine. Ce décalage culturel est le plus gros obstacle à franchir pour parvenir à une vision d'ensemble des incidences de l'informatique. Il s'agit là d'une question de valeurs, de capacité d'organisation et de transformation des structures mentales." Mais même dans cette déclaration, on omet de distinguer les dimensions collectives et les dimensions individuelles du problème. C'est aux unes et aux autres que nous nous attacherons dans les pages qui suivent. C. Utilisation de l'information1. Spécialisation de l'utilisateur Point n'est besoin d'examiner ici la grande masse d'informations dont on dispose actuellement ou le rythme auquel elle croît, dans tous les domaines du savoir - y compris ceux qui intéressent les organisations internationales. Dire que personne ne peut être à même de "maîtriser" tous les domaines du savoir est depuis longtemps un truisme et peu de gens sont censés pouvoir en maîtriser un, à moins qu'il soit très spécialisé. Cette situation ne pose pas de grands problèmes dans le monde de la documentation. L'idée est que les utilisateurs ont des difficultés particulières et on les oriente, plus ou moins efficacement, vers les services et les outils d'information les plus aptes à apporter la solution. Si, sa recherche terminée, l'utilisateur a devant lui un choix de 65 documents (ou plus) qui touchent à son problème, c'est à lui de décider de la façon de procéder. S'il est embarrassé, on estime judicieux de lui demander d'être plus précis dans ses demandes. On peut même l'y aider, en lui permettant d'explorer des résumés analytiques. Si, au bout du compte, il se plaint de "ne pas avoir le temps" d'explorer tous les résumés ou certains documents "pertinents", le service de documentation n'a pas à s'en préoccuper, surtout si l'utilisateur connaît l'existence des documents en tant qu'abonné à un système de diffusion sélective de l'information (DSl) qui tient compte de son profil d'utilisateur. 2. Les modes d'utilisation de 1'information Présentés ainsi, les problèmes de l'utilisateur ne sont pas du ressort du service de l'information. Cependant, ils sont de nature à soulever des questions - justifiées par les remarques de la section qui précède - sur la valeur des systèmes d'information existants ou envisagés. Pour clarifier ces problèmes d'information, il faut préciser davantage les "contextes d'utilisation" qui peuvent être ceux des systèmes d'information. On peut distinguer les suivants :
Nous ne nous occuperons pas ici des deux premiers modes d'utilisation. On a de plus en plus tendance à admettre qu'ils existent et donnent satisfaction. Les problèmes des utilisateurs du troisième, qui est d'une importance capitale pour les services de documentation internationale, sont examinés en détail dans le rapport des Journées d'études internationales de 1972 (1). Les systèmes existants et ceux qui sont envisagés sont satisfaisants poux les utilisateurs qui ne leur demandent pas plus que de préciser les informations dont ils ont besoin. 3. Apprentissage d'entretien/apprentissage par le choc Les trois premiers modes d'utilisation correspondent aux besoins pour ce que le rapport du Club de Rome (5) désigne par "Apprentissage d'entretien" : "L'apprentissage d'entretien est l'acquisition de conceptions, de méthodes et de règles déterminées permettant de faire face à des situations connues qui se répètent. Il favorise notre aptitude à résoudre les problèmes posés. C'est le type d'apprentissage visant à maintenir un système ou un mode de vie. L'apprentissage d'entretien est et continuera d'être indispensable au fonctionnement et à la stabilité de toute société" (5, p. 10). L'apprentissage d'entretien renforce les catégories et les paradigmes existants, les disciplines qui en découlent et la division du travail professionnel et institutionnel dont ils constituent le fondement. Le financement des systèmes d'information qui y sont associés est régi par des priorités d'entretien. Toutefois, comme le souligne le rapport du Club de Rome : "De tout temps, les sociétés et les individus ont adopté une structure d'apprentissage continu d'entretien interrompue par de courtes périodes d'innovation stimulée en grande partie par le choc produit par des événements extérieurs ... Aujourd'hui encore, l'humanité continue d'attendre des événements et des crises qui catalyseraient ou imposeraient cet apprentissage primitif par le choc. Mais la problématique planétaire introduit, au moins, un risque nouveau - le risque que le choc pourrait être fatal. Cette éventualité, si lointaine qu'elle soit, met en évidence de façon très précise la crise de l'apprentissage classique : en comptant surtout sur l'apprentissage d'entretien non seulement on empêche l'émergence de l'apprentissage novateur, mais on rend l'humanité de plus en plus vulnérable au choc; or, dans des conditions d'incertitude planétaire, l'apprentissage par le choc est une solution face au désastre" (5, p. 10). C'est l'apprentissage par le choc qui a conduit à de nouveaux programmes, ce nouvelles institutions, et a rendu nécessaires de nouveaux types de services d'information, recoupant les catégories antérieures (on peut citer les problèmes de l'énergie ou de l'environnement). Cependant on lit dans le rapport ; "La structure classique de l'apprentissage d'entretien/apprentissage par le choc est impuissante face à la complexité planétaire et risque, si on n'y prend garde, d'avoir au moins une des conséquences suivantes :a) la perte de la maitrise des événements et des crises provoquera des chocs extrêmement coûteux, dont l'un pourrait très bien être fatal; b) les longs délais propres à l'apprentissage d'entretien conduisent pratiquement àrenoncer à des options nécessaires pour prévenir toute une série de crises récurrentes; c) le recours aux connaissances spécialisées et la brièveté qui sont propres à l'apprentissage par le choc entraîneront la marginalisation et l'aliénation de plus en plus de personnes; d) l'incapacité à mettre rapidement un terme aux oppositions de valeurs en période de crise aboutira à la perte de la dignité humaine et de l'accomplissement de l'individu" (5, p. 11-12). A la suite de cette conclusion, le rapport expose son idée maîtresse : "l'apprentissage novateur est un moyen nécessaire pour préparer les individus et les sociétés à agir conjointement dans des situations, particulièrement celles qui ont été et continuent d'être créées par l'humanité elle-même" (5, p. 12). L'anticipation consciente est considérée comme l'une des caractéristiques primordiales de l'apprentissage novateur par opposition à l'adaptation inconsciente, qui est propre à l'apprentissage d'entretien. On conçoit l'anticipation comme étant nécessairement liée à la participation - c'est là la seconde caractéristique. Sans elle, l'anticipation devient stérile. Quant à la participation sans l'anticipation elle peut avoir des effets négatifs ou fâcheux et conduire à l'impossibilité d'agir ou à une action qui va à l'encontre du but recherché. Le rapport souligne qu'il ne suffit pas que seuls les élites ou les décideurs anticipent lorsque la résolution des problèmes mondiaux dépend du large soutien de groupes de toutes sortes (5, p. 13-14). L'apprentissage novateur correspond manifestement au "mode d'exploration ouverte" - le quatrième mode d'utilisation mentionné. Etant donné l'importance qu'on y attache, il convient de se demander dans quelle mesure -- les_ systèmes de documentation internationale répondent aux besoins d'un apprentissage avec anticipation comme processus de participation. D. Limites de l'utilisateur dans l'apprentissageDans la section précédente on a vu que la spécialisation de l'utilisateur était une condition générale. Cette condition est caractéristique d'n mode d'utilisation orienté vers un programme, associé aux processus adaptatifs de l'apprentissage d'entretien. Dans ce mode d'utilisation, on ne yeut vraiment dire que les possibilités de l'utilisateur soient limitées car, raquefais qu'une difficulté se présente, il est simplement admis qu'il faut une socialisation plus poussée. La spécialisation permet à l'utilisateur de surmonter les difficultés venant de ses possibilités limitées (en le plaçant devant des difficultés extérieures à lui). La spécialisation est définie ici comme extuant celle de toute matière trop complexe. En d'autres termes, l'utilisateur de concentre sur les matériaux qu'il juge répondre à ses "besoins et convenir à ses capacités (qu'il s'agisse d'un écolier ou d'un étudiant licencié). (Toute relative "incompétence" opérationnelle d'un utilisateur apprenti peut être considérée comme une limite que la société lui impose effectivement; le niveau éducatif de la documentation qu'il est capable d'absorber définit une forme de spécialisation) 2. Limites dans l'apprentissage Le rapport du Club de Rome se montre optimiste dans sa conclusion:"Le potentiel humain est artificiellement comprimé et grossièrement sous-utilisé - au point qu'en pratique, la possibilité d'apprendre semble pratiquement sans bornes" (5, p. 9 - "pas de bornes à l'éducation" est le titre du rapport), "Surmonter le déphasage humain", qui est le sous-titre du rapport, vient de l'idée que "le déphasage humain est l'écart entre une complexité croissante et notre capacité d'y faire face" (5, p. 6). Dans le cas de l'utilisateur isolé, cet "écart" se présente sous la forme d'une ou plusieurs limites. C'est seulement en analysant la nature de ces limites (énumérées ci-dessous) que l'on peut définir la forme d'arprentissage qui est "illimitée". (Le rapport est nécessairement inprécis, simon ambigu, du fait que le Club de Rome accorde peu d'attention à ces limites dans son étude axée plus généralement sur les possibilités illimitées de l'apprantissage.)
En avançant qu'il n'y avait "pas de bornes à l'apprentissage", le rapport du Club de Rome sous-entendait en réalité qu'il n'y avait pas de linites à l'apprentissage d'un grand nombre d'individus, ayant des intérêts qui se chevauchent ou sont complémentaires. C'est pourquoi le problème des limites à l'apprentissage sociétal sera examiné dans la section suivante. Etant donné les contraintes précitées, il importe cependant de reconnaître le défi lancé à l'utilisateur et au système d'information qui est à son service. Le rapport souligne : "Quelques sociétés ont timidement entrepris des études interdisciplinaires et transdisciplinaires, mais la tendance actuelle à la fragmentation persiste ... Les effets ce la surspécialisation ne sont ressentis nulle part aussi vivement que dans le contexte des problèmes planétaires. Il est tout simplement impossible d'analyser et de fornuler des politiques dans ce domaine sous l'angle d'une seule discipline, quelle qu'elle soit. Les approches économique, juridique, sociale ou politique, ne suffisent pas, par elles-mêmes pour traiter des problèmes qui nécessitent une compréhension intégrée et holistique. Une telle spécialisation conduit pratiquement au manque de pertinence". (5, p. 70) Les systèmes d'information internationaux n'ont guère facilité les approches interdisciplinaires. On trouvera un aperçu de ces approches avec une abondante bibliographie dans un ouvrage intitulé "Integrative, Unitary and Transdisciplinary Concepts" (section Kt réf. 2). La bibliothèque de l'institution intergouvemementale pour- les programmes interdisciplinaires en cours n'a pas catalogué cet ouvrage dans son système informatisé, bien qu'elle le posside. (Peut-être parce qu'il utilise seulement la catégorie "interdisciplinarité" pour les quelques sujets qu'il traite selon cette approche). On connaît peu de chose sur la façon dont un utilisateur- apprenti peut parvenir à une compréhension globale, comme le recommande le rapport du Club de Rome (5,p. 98). On trouvera des opinions à ce sujet dans des études distinctes (12, 13). C'est dans cette perspective globale que le problème de l'apprentissage novateur (examiné plus haut) doit être de nouveau posé. Comment les systèmes d'information internationaux - qui doivent s'en tenir pour des raisons financières intellectuelles et individuelles, à des thésaurus composés de catégories fixes - vont-ils réagir face aux besoins globaux des futurs utilisateurs ? "L'apprentissage novateur consiste à formuler et à grouper les problèmes, Ses caractères principaux sont l' intégration, la synthèse et l'élargissement des horizons. Il fonctionne dans des situations ou des systèmes ouverts. Son importance provient de la disparité des contextes (A ce sujet, voir la réf. 14.). Il aboutit à la remise en question des hypothèses classiques qui sous-tendent les idées et les actions traditionnelles, se concentrant sur les changements à apporter. Ses valeurs ne sont pas immuables, mais plutôt fluctuantes. L'apprentissage novateur fait progresser notre réflexion en reconstruisant des ensembles, non en morcelant la réalité". (5, p. 43) Le système de la documentation internationale est-il adapté pour résoudre le problème de l'apprentissage novateur ? Est-il juste de critiquer son informatisation progressive dans les ternes suivants : "Il est déplorable que les techniques novatrices, introduites dans les structures de l'apprentissage d'entretien, aient été détournées vers des tâches d'entretien, comme la présentation rapide de faits fixes, qui était caractéristique des premiers essais d'enseignement programmé". (5, p. 32) Il s'agit d'aider l'utilisateur-apprenti à reformuler son schéma de classement par catégories pour y substituer un autre, d'une pertinence plus novatrice. "Or, même si tous les éléments contenus dans l'ensemble des publications étaient identifiables et disponibles à un coût peu élevé (ce qui est l'objectif de tous les partisans de cette approche, il susbsisterait néanmoins un problème : Comment améliorer la pertinence des questions posées dans la problématique du processus d'élaboration de la politique ? Ce n'est pas la recherche documentaire qui est le problème, elle ne fait qu'aggraver ce problème plus fondamental. Dans les systèmes de recherche documentaire, les interrogations sont orientées en fonction des connaissances et des biais de l'utilisateur. Ces systèmes ne dirigent pas l'utilisateur orienté sur la politique vers les connaissances et les sujets qui devraient aussi l'intéresser, eu égard à ses préoccupations du moment (compte tenu d'opinions précises ou différentes). Ils n'attirent -pas son attention dans le cas où sa préoccupation peut se rattacher à d'autres préoccupations. Ilne lui est donné aucun sens d'échelle, de proportion ou d'orientation - il n'obtient que ce qu'il a demandé, quelles que soient ses difficultés à formuler la question dans les termes qui conviennent" (15). La citation qui précède est tirée d'un rapport présenté au Secrétariat du Comnonwealth sur la possibilité d'employer des techniques de représentation des correspondances pour donner aux utilisateurs une meilleure notion du contente que ne le font les classifications arbitraires par catégories des thésaurus, insensibles aux relations fonctionnelles existant entre les phénomènes catégorisés. (La nature et la société ne sont pas plus subdivisées sur la base de ces catégories qu'elles ne le sont sur celles des facultés universitaires.) "Nous pensons que les difficultés rencontrées aujourd'hui dans le domaine de l'apprentissage proviennent, peur beaucoup, de ce que les contextes sont négligés ... L'apprentissage novateur ne peut se contenter d'assimiler une donnée d'entrée, qui donnera une donnée de sortie; pas plus qu'il ne peut limiter ses fonctions à relier les valeurs aux objects. Afin de développer, chez l'homme, la capacité d'agir dans ces situations nouvelles et de faire face à des événements inhabituels, l'apprentissage novateur nécessite l'absorption de grandes collections de contextes. Lorsque ces contextes sont limités, on voit s'accroître la probabilité de l'apprentissage par le choc, car cet apprentissage peut être conçu comme un événement soudain, survenant en dehors des contextes connus. L'une des tâches de l'apprentissage novateur consiste donc à augmenter l'aptitude de l'individu à trouver, absorber et créer des contextes nouveaux - en bref, à enrichir l'offre de contextes. Si l'offre existante ne peut fournir l'analogie nécessaire pour traiter des événements nouveaux ou inattendus, nous devons alors créer la capacité de construire les cadres mentaux de remplacement qui conviennent". (5, p. 23-24). Ce qui nous ramène à ce qu'a dit l'Ambassadeur Soedjatmoko, Recteur de l'Université des Nations Unies : D'ou sont intérêt pour la capacité d'apprendre des nations. E. Fragmentation et érosion de la mémoire collective1. Nature de la mémoire collectiveIl n'y a pas apprentissage en dehors de la mémoire, qu'il s'agisse de l'individu ou de la société. "Le fait que les expériences influent surle comportement ultérieur est la preuve de cette activité évidente mais néanmoins remarquable qu'est le souvenir. Il ne serait pas possible d'apprendre sans cette fonction qu'on appelle communément la mémoire... Un comportement dit intelligent requiert la mémoire, le souvenir étant un préalable au raisonnement. L'aptitude à résoudre un p |